Les métiers après l’école d’ingénieur : chercheur en mécanique des fluides

Les métiers après l’école d’ingénieur : chercheur en mécanique des fluides

Nous débutons une série sur les métiers auxquels peuvent mener des études en école d’ingénieur. Aujourd’hui nous avons le plaisir d’interviewer Colin, en 3ème année de thèse de mécanique des fluides à l’Ecole Centrale de Lyon.

N’hésitez pas à nous contacter (sur notre page contact ou via @integrerlx sur Twitter) pour nous proposer des interviews sur des métiers qui vous intéressent : nous essaieront de trouver les bons profils via notre réseau.

Mécanique des Fluides. Source : AC Nancy-Metz

En quelques lignes, en quoi consiste ton métier ?

Je suis doctorant, c’est-à-dire que je me forme à la recherche en planchant sur un sujet pendant 3 ans. Je suis aussi moniteur, ce qui signifie que j’ai une petite charge d’enseignement en parallèle, que j’effectue avec les élèves de 1ère année au sein de mon établissement (travaux pratiques, travaux dirigés, encadrement de projets étudiants, etc.).

A quoi ressemble ton quotidien ?

En doctorat, on a le choix de son emploi du temps, c’est un des avantages de la recherche. Dans mon cas, j’arrive généralement vers 9h-9h30 mais je repars assez tard, entre 19h et 21h. D’autres arrivent et repartent plus tôt.

Il n’y a pas vraiment de journée type car le travail est assez varié. J’effectue une thèse utilisant le calcul numérique, la majeure partie (et la partie la plus technique) de mon travail consiste donc à développer un code informatique. Au-delà des compétences en programmation, il y a un aller-retour permanent à faire avec la théorie pour optimiser l’algorithme, comprendre les erreurs. Vient ensuite l’analyse physique des résultats qui demande également de fournir un effort théorique. Une autre grosse partie du travail consiste à s’informer du travail des autres chercheurs via la lecture d’articles scientifiques, les séminaires (toutes les 2-3 semaines en moyenne), les conférences (1 à 2 fois par an). Il faut aussi apprendre à transmettre son travail par écrit (rédaction d’articles scientifiques) et par oral (lors des conférences, on doit parfois présenter en 12 minutes 2 années de travail !), ce qui implique la maîtrise de nouveaux outils de mise en forme, la maîtrise de l’Anglais, et un gros effort de rigueur et de synthèse. Enfin 1 à 2 fois par mois en moyenne, une réunion avec mes 2 directeurs de thèse permet de recadrer mon travail et d’éclaircir les zones d’ombre.

En ce qui concerne l’enseignement, j’ai 64h à effectuer chaque année, ce qui demande bien plus en temps de travail réel ! Chaque heure de TP ou TD doit être préparée minutieusement car il ne suffit pas de connaître le cours, il faut préparer un message pédagogique, anticiper les éventuelles questions, etc.

Quelles sont les qualités nécessaires pour faire ce métier ?

Sans hésiter : beaucoup de patience, un intérêt profond pour son domaine de recherche et de la curiosité. La thèse est un travail de longue haleine, où tout ne tombe pas juste du premier coup, il faut être capable de rebondir et d’apprendre des ses erreurs. Il faut aussi une forte capacité de travail : des premières pistes au produit fini (l’article scientifique), la charge de travail est importante et les compétences à acquérir sont multiples, dans mon cas : informatique, mathématiques, physique, Anglais, etc., alors il faut s’accrocher !

Qu’est-ce qui te plait particulièrement dans cette activité ?

C’est justement la pluridisciplinarité qui est un grand attrait pour moi. Contrairement à une idée reçue, on s’ouvre en faisant de la recherche bien plus qu’on ne se referme sur un sujet bien précis. Chaque petit pas en avant demande la compréhension de domaines divers et parfois disjoints en apparence. On ne s’ennuie jamais ! Dans le domaine qui est le mien, je suis émerveillé de voir comment les mathématiques prennent vie dans la physique et le calcul, comment l’abstraction la plus élégante rejoint la réalité la plus concrète.

Par ailleurs, l’enseignement est une activité très enrichissante car la dimension humaine y est cette fois-ci essentielle. Le rapport à un groupe d’élèves ou une classe est complètement différent, il faut savoir donner le bon tempo, réagir face aux élèves: on est en scène et on est chronométré !
Quel a été ton parcours pour en arriver là ?

J’ai commencé mes études en classes préparatoires en PCSI/PC* puis j’ai intégré l’Ecole Centrale de Lyon (ECL). En remplacement de ma 3ème année à l’ECL, j’ai effectué un Master of Science in Aerospace Engineering en 2 ans au Georgia Institute of Technology. Lors de mon Master, j’ai eu la chance de pouvoir travailler comme assistant de recherche dans un laboratoire spécialisé dans l’optimisation de systèmes aérospatiaux. Mes stages m’ont également permis de préciser mon choix de carrière. En 1ère année ECL, je suis allé effectuer mon « stage ouvrier » au Centre Spatial Guyanais grâce au CNES, ce qui m’a permis d’avoir un aperçu du secteur spatial. En 2ème année, je suis parti en Espagne dans un laboratoire spécialisé en combustion, ce qui a constitué ma première expérience en recherche. Enfin entre mes 2 années de Master, j’ai spontanément effectué un stage à l’Onera (Office National d’Etudes et Recherches Aerospatiales) en France, au laboratoire d’aérodynamique fondamentale et expérimentale (DAFE), où j’ai pu avoir une meilleure idée des problématiques théoriques de la mécanique des fluides moderne. C’est ce dernier stage qui m’a principalement motivé à m’éloigner des perspectives industrielles pour m’intéresser en thèse au problème plus fondamental des instabilités hydrodynamiques.

Durant mes années d’études à Centrale Lyon, j’ai donné des cours particuliers en mathématiques/physique/chimie à des élèves de lycée et prépa. Cette première expérience d’enseignement m’a donné envie de continuer par la suite en thèse.

A noter qu’il n’est en rien nécessaire de passer par la filière prépa/école d’ingénieur pour envisager une carrière en recherche, et l’université produit également d’excellents chercheurs. Toutefois, la qualité de la formation de ce parcours est un atout certain en termes de capacité de travail et de culture scientifique. D’autre part, les meilleures écoles accueillent souvent d’excellents laboratoires de recherche, où s’effectue une partie de l’enseignement, ce qui permet une immersion dans le milieu dès les premières années d’études.

Quelles sont les évolutions possibles par la suite?

A l’issue de ma thèse, je souhaite continuer dans le milieu de la recherche et de l’enseignement. Traditionnellement, cela nécessite d’effectuer un ou plusieurs post-doctorats, soit des contrats à durée déterminée (1 ou 2 ans) de recherche dans des thématiques légèrement différentes de celle du doctorat. Après, ce sont les concours de recrutement des maîtres de conférence, chargé de recherche CNRS ou autre organisme (Onera, Cea, etc.), où les places sont hélas assez chères.

Il ne faut toutefois pas croire que la thèse destine forcément à une carrière académique. En effet, elle est à l’étranger le diplôme le plus reconnu dans l’entreprise, et tend à être de plus en plus valorisée en France. Les thèse CIFRE en particulier, financées et co-encadrées par des entreprises privées, sont d’excellentes formations à la recherche industrielle et constituent souvent une forme de pré-embauche.


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