Métiers après l’école d’ingénieur : adjoint au chef de bureau, direction du budget

Métiers après l’école d’ingénieur : adjoint au chef de bureau, direction du budget

Nous continuons notre série sur les métiers auxquels peuvent mener des études en école d’ingénieur. Aujourd’hui c’est au tour d’Aymeric, adjoint au chef de bureau, en charge de l’audiovisuel public et du secteur postal, direction du budget.

N’hésitez pas à nous contacter (sur notre page contact ou via @integrerlx sur Twitter) pour nous proposer des interviews sur des métiers qui vous intéressent : nous essaierons de trouver les bons profils via notre réseau.

 

 

En quelques lignes, en quoi consiste ton activité ?

Très schématiquement, la direction du budget est à l’Etat ce qu’une direction financière est à une entreprise. Nous sommes ainsi chargés d’expertiser l’ensemble des dépenses de l’Etat et de proposer, en lien avec les ministères, des pistes de réformes et d’amélioration afin de dépenser mieux ou de dépenser moins.
La direction du budget répartit ses agents par secteurs de dépenses. Je suis en charge de la tutelle budgétaire et stratégique des sociétés de l’audiovisuel public (France Télévisions, Radio France, Arte, Audiovisuel extérieur de la France et l’INA) et de La Poste. Mon poste actuel regroupe ainsi trois tâches principales : (i) chaque année, la participation à l’élaboration du budget de l’Etat, à son exécution et enfin à sa clôture, (ii) tout au long de l’année, le suivi de l’actualité financière et opérationnelle des sociétés de mon portefeuille, notamment via la préparation des conseils d’administrations et des différents comités qui ont lieu une fois par trimestre au moins pour chacune d’entre elles, et (iii) au fil des changements de PDG (tous les 5 ans environ), la négociation de contrats pluriannuels d’objectifs et de moyens entre l’Etat et les sociétés de l’audiovisuel public qui fixent des objectifs à atteindre et mettent en regard un plan d’affaires pour atteindre ces objectifs.

A quoi ressemble ton quotidien ?

La concomitance de l’ensemble des activités évoquées supra, aux fréquences bien différentes, donne à mon poste un côté varié qui rend difficile la définition d’une journée « type ». Evoquons tout de même les grandes briques qui composent mes différentes journées : du travail au bureau pour instruire les dossiers, préparer les réponses à des saisines des assemblées ou de la Cour des comptes par exemple, définir avec ma hiérarchie des positions à tenir ; des réunions à l’extérieur avec des personnes du ministère de la culture, des différentes sociétés (directeur général adjoint, directeur financier, directeurs opérationnels…) ou du monde de l’audiovisuel (producteurs…) afin d’échanger sur les sujets d’actualité, de faire valoir les positions de la direction du budget et de préparer, quand nécessaire, les arbitrages qui pourront être politiques et qui auront lieu à un plus haut niveau. Si le mail et le téléphone restent les outils privilégiés pour les échanges bilatéraux ou multilatéraux d’informations, les réunions physiques tiennent tout de même une place prépondérante.

Quelles sont les qualités nécessaires pour faire ce métier ?

Toutes les qualités sont les bienvenues dans ce métier. J’en citerai trois qui me semblent être les plus importantes :
– la capacité d’écoute, d’appropriation rapide d’un sujet et de réaction : n’étant pas expert des très nombreux sujets qu’il a à traiter, le budgétaire doit savoir recueillir l’information qu’il lui manque, écouter les arguments en faveur ou en défaveur des réformes qu’il souhaite porter, et proposer rapidement des positions à faire défendre par sa hiérarchie qui soient les plus à même de préserver l’intérêt budgétaire de l’Etat et conciliables avec les orientations politiques du moment ;
– la qualité d’argumentation et de persuasion : toute réforme, quelque bonne qu’elle soit, suscite des oppositions et des réticences qu’elle ne peut surmonter que si elle est suffisamment argumentée et réfléchie ;
– la rigueur : les chiffres que nous produisons régulièrement se doivent d’être les plus robustes possible ; les raisonnements sur lesquels nous appuyons les réformes se doivent d’être le plus argumentés possible. Tout ceci nécessite une très grande rigueur intellectuelle.

Qu’est-ce qui te plait particulièrement dans cette activité ?
Sans trop détailler, travailler à la direction du budget offre l’opportunité d’être proche de l’endroit où se prennent les décisions (la chaîne hiérarchique est très courte), d’avoir rapidement une vision transversale des politiques publiques par le biais du suivi des dépenses qui les soutiennent, et enfin d’être dès le premier jour exposé et responsabilisé.

Quel a été ton parcours pour en arriver là ?

Mon parcours, très éclectique, n’est pas représentatif du parcours typique des ingénieurs travaillant à Bercy et ne constitue donc pas un prérequis. Il n’en est qu’un parmi beaucoup d’autres.
Après une classe préparatoire au lycée Sainte-Geneviève à Versailles (PCSI/PC) et deux ans d’études à l’Ecole Polytechnique, j’ai été admis en 2008 dans le Corps de Ponts. J’ai alors effectué une première année de formation complémentaire à l’université de Berkeley aux Etats-Unis et obtenu un master en génie civil. Lors de mon retour en France l’année suivante, j’ai effectué un stage à AXA Private Equity dans un fonds investissant dans les infrastructures en Europe. J’ai enfin choisi d’achever ma formation à Londres, à la London School of Economics, avant d’entrer en 2011 à la direction du budget.

En quoi être ingénieur est un atout ?

Au risque de paraître caricatural, la rigueur et la logique développées durant des études d’ingénieur servent naturellement à la structuration de raisonnements clairs, par étape, qui sont très rassurants pour les décideurs. Plus largement, la formation d’ingénieur permet de développer des capacités d’appropriation de sujets complexes, dans un laps de temps réduit. Finalement, bien plus que des savoir-faire techniques, la formation d’ingénieur m’est utile par les réflexes qu’elle m’a permis d’acquérir (réduction d’un problème à ses grandes variables, prise d’hypothèses, état d’esprit critique…)

Quelles sont les évolutions possibles par la suite ?

Sans évoquer mes aspirations personnelles, voici un éventail non exhaustif des parcours que j’ai pu observer depuis mon arrivée à la direction du budget. Ils sont autant de voies d’évolution possibles :
– sans surprise, l’évolution au sein de la direction du budget est la voie la plus naturelle (évolution vers d’autres types de dépenses publiques et d’autres secteurs, en tant qu’adjoint puis potentiellement en tant que chef de bureau…) ;
– l’évolution vers d’autres sphères de la fonction publique, dans d’autres directions à Bercy ou dans d’autres ministères (ministère de l’industrie, ministère de l’écologie, du développement durable et de l’énergie…), à Paris en régions ou à l’étranger est aussi envisageable ;
– la compétence budgétaire étant une compétence rare et recherchée dans l’Etat, des opportunités de passages par des cabinets ministériels ou par les directions financières des ministères peuvent par ailleurs être offertes ;
– enfin, la bascule dans le secteur parapublic ou privé se fait très bien, notamment pour des ingénieurs de formation.

 

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